« Ça a fait tilt ! »

Le projet Pratique Réflexive de l’ACT cherche à produire une transformation dans le domaine du traitement de la santé mentale et propose pour cela des formations pratiques. En collaboration avec son partenaire CDIS Médenine dans le sud de la Tunisie, l’ACT vise à responsabiliser les agents de santé mentale et sociale. Certains voient d’ailleurs déjà leur réflexion se transformer.

Ce projet est né en réponse à la façon dont est couramment enseigné le traitement de la santé mentanle, c’est à dire souvent par l’apprentissage de théories dépassées et sans véritable formation de compétences pratiques.

« Beaucoup de Tunisiens ont des problèmes psychologiques ou sociaux qui ne sont pas soulagés de manière optimale et durable, tout en les responsabilisant, dit Dieke, responsable du projet. [L’ACT] s’efforce de susciter et d’équiper des travailleurs professionnels bien formés […] afin de leur donner le moyen de bien faire leur travail et de mieux atteindre les objectifs de leur organisation. »

Ce projet a commencé avec le Centre de Défense et d’Intégration Sociale (CDIS), un réseau national de travailleurs, de centres et de ressources qui offre un grand choix de soutien aux communautés avec lesquelles il travaille.

Le projet

Un groupe de participants a commencé une formation collective hebdomadaire. Ce groupe est constitué de psychologues, travailleurs sociaux et éducateurs spécialistes.

La formation est faite par Dieke, qui utilise un modèle élaboré pour la réflexion professionnelle et reposant sur son expérience d’enseignante en santé mentale.

Une personne a vraiment compris la formation après avoir commencé en doutant quelque peu de sa valeur. « Ça a fait tilt ! : ils ont maintenant compris comment aborder le problème et appris à le regarder sous un autre angle », dit Dieke.

« [La formation] m’aide à analyser la situation », raconte un participant. « J’ai maintenant compris comment cela m’aidera dans mon travail et dans mes relations », dit un autre.

« Les gens ont tendance à sauter du problème à la solution. Ils procèdent sans analyse appropriée du problème et sans définir / fixer d’objectifs clairs avant de choisir puis intervenir », explique Dieke. Ce projet favorise le début d’un mode de travail plus systémique et méthodique. »

Une participante a utilisé le modèle pour un cas, là où elle travaille. « Elle a mentionné que cela l’avait aidée à le sortir de sa tête en le mettant par écrit, ce qui lui avait permis de l’examiner attentivement », dit Dieke. « Elle a témoigné qu’elle dormait mieux depuis, car son esprit était moins préoccupé par le travail. »

Un autre participant a même indiqué qu’après seulement deux séances de formation ils savaient déjà que : « la prochaine fois, je ferai ceci ou cela légèrement différemment ». La formation contribuera à rendre les gens capables de mieux faire leur travail.

Être formé pour traiter chaque cas exactement de la même manière n’est pas très constructif. Il n’y a souvent pas de place pour des approches personnalisées ; une approche universelle n’est pas efficace. « J’espère qu’en apprenant à entreprendre une analyse appropriée, cela leur ouvrira les yeux sur le fait que tous les cas ne sont identiques, dit Dieke. « Une famille aura besoin d’une chose ; une autre aura besoin d’autre chose. » C’est l’un des objectifs du projet.

La formation porte sur un modèle de réflexion et d’analyse qui est nouveau pour tous au CDIS. Nous espérons que, lorsque les participants l’auront maitrisé, ce modèle sera très bénéfique pour leur travail.

Le modèle : pensez à un grand nœud qu’il faut démêler

Les participants doivent se pencher sur une situation où ils se sont trouvés face à une tâche difficile – par exemple, une plainte que quelqu’un a soulevée lors d’une visite à domicile – et décrire…

  • Qu’est-ce que j’ai fait ?
  • Qu’est-ce que j’ai pensé ?
  • Qu’est-ce que j’ai ressenti ?
  • Qu’est-ce que je voulais ?

Ensuite, les réponses sont rassemblées pour avoir une vue d’ensemble de la réalité.

Ce processus permet d’éliminer toutes ces choses de votre tête et de les entrer dans le modèle. Cela aide à voir les choses plus clairement. Cela vous permet ensuite d’explorer le niveau suivant des questions soulevées (« Pourquoi étais-je si bouleversé par cette situation ? Pourquoi avait-elle si peur ? Pourquoi n’a-t-il pas réussi à être honnête avec moi ? »)

Bien qu’il soit encore tôt pour tirer des conclusions, il y a cependant eu beaucoup d’interaction de la part des participants, ce qui est formidable. « Nous n’avons jamais rien appris de tel dans nos études, dit l’un. On nous apprend seulement que c’est la façon dont vous devez faire les choses. »

L’ACT est reconnaissant à CDIS Medenine, nos partenaires dans ce projet, et au personnel du projet de l’ACT Massika, qui a été d’une aide inestimable.

Nous avons hâte de voir comment le reste du projet se déroulera !